CETTE ALTERNATIVE AU SEL POURRAIT AIDER à RéDUIRE LA TENSION ARTéRIELLE… MAIS PEU DE PERSONNES L’UTILISENT

Ce simple changement alimentaire pourrait avoir un impact important sur le contrôle de l'hypertension artérielle affirme un groupe international d’experts dans la revue Hypertension. L’Organisation …

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime que 1,28 milliard de personnes dans le monde âgées de 30 à 79 ans sont atteintes d’hypertension, qui correspond à une pression trop élevée dans les vaisseaux sanguins (140/90 mmHg ou plus). Parmi les principaux facteurs de risque figurent :  un âge avancé, le bagage génétique, la surcharge pondérale ou l’obésité, le manque d’activité physique mais aussi une alimentation riche en sel. C’est pourquoi l’organisme préconise une alimentation saine à faible teneur en sel, avec une recommandation de moins de 5 grammes de sel par jour (une cuillère à café). Mais alors que cette consigne est établie depuis plusieurs années maintenant, il peut être difficile pour les populations de changer leur façon de cuisiner, d'assaisonner leurs aliments différemment, de choisir des aliments à faible teneur en sel dans les rayons des supermarchés et d'accepter un goût moins salé. Il existe désormais une solution simple et efficace : le sel enrichi en potassium. Ce dernier a l’avantage de pouvoir être utilisé comme du sel ordinaire et n’implique aucune différence de goût importante pour la plupart des gens.

Tel est en effet la recommandation dressée par un groupe international d'experts qui lance dans la revue Hypertension un appel pour inclure des recommandations sur le sel enrichi en potassium et réduit en sodium dans les directives de traitement de l'hypertension artérielle. Pour rappel, le sel est en quasi-totalité constitué de chlorure de sodium (NaCl) et contient également, en faible proportion, d’autres minéraux. « Des niveaux élevés d’apport en sodium et de faibles niveaux d’apport en potassium sont répandus, et tous deux sont liés à l’hypertension artérielle et à un risque accru d’AVC, de maladie cardiaque et de décès prématuré. L’utilisation d’un substitut de sel dans lequel une partie du chlorure de sodium est remplacée par du chlorure de potassium résout les deux problèmes à la fois. », affirme le groupe d’experts. Parmi ces derniers figurent des chercheurs membres du George Institute for Global Health et de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud (UNSW Sydney) qui estiment dans un article paru dans la revue The Conversation que le passage au sel enrichi en potassium est davantage réalisable qu’une réduction de la consommation de sel.

« Nous pensons qu'il est temps d'inclure les substituts du sel dans les directives thérapeutiques »

Le professeur Alta Schutte, du George Institute for Global Health et de l'UNSW Sydney, a déclaré que malgré les données d'essais contrôlés randomisés démontrant les bienfaits pour la santé des substituts de sel enrichis en potassium et réduits en sodium, celles-ci sont rarement exploitées. « Nous avons constaté que les directives cliniques actuelles proposent des recommandations incomplètes et incohérentes sur l'utilisation de ces substituts de sel. Compte tenu de la richesse des preuves disponibles, nous pensons qu'il est temps d'inclure les substituts du sel dans les directives thérapeutiques pour aider à lutter contre la spirale des taux d'hypertension artérielle incontrôlée dans le monde et à réduire les décès évitables. » Le sel enrichi en potassium agit pour abaisser la tension artérielle non seulement parce qu’il réduit l’apport en sodium, mais aussi parce qu’il augmente l’apport en potassium, qui joue un rôle fondamental dans la transmission nerveuse, la contraction musculaire et la fonction cardiaque. Un manque de potassium, qui provient principalement des fruits et légumes, est une autre cause importante d’hypertension artérielle.

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Le sel enrichi en potassium peut être utilisé en remplacement direct du sel ordinaire lors de l'assaisonnement, de la conservation ou de la fabrication d'aliments. Et ce alors que ce changement s’avère indétectable par la plupart des gens. « Les effets indésirables du goût sont la principale raison pour laquelle les efforts visant à réduire la consommation de sel ont échoué depuis des décennies. La volonté des patients de continuer à utiliser du sel enrichi en potassium supprime cette barrière, cela peut changer la donne. », ajoute Alta Schutte. Le groupe d’experts a examiné 32 lignes directrices pour le traitement de l'hypertension, deux émanant d'organisations mondiales, cinq d'organisations régionales et 25 d'organisations nationales, publiées entre janvier 2013 et juin 2023. Il a constaté que toutes les lignes directrices faisaient référence à la réduction du sodium, la plupart recommandant de réduire la consommation de sel. Beaucoup ont également recommandé d'augmenter l'apport alimentaire en potassium, mais seulement deux ont formulé une recommandation spécifique pour l'utilisation de sel enrichi en potassium.

Que devraient dire les directives cliniques ?

S’ajoute à cela le fait que le rapport mondial 2023 de l'Organisation mondiale de la santé sur l'hypertension a souligné le sel enrichi en potassium comme une « stratégie abordable » pour réduire la tension artérielle et prévenir les événements cardiovasculaires tels que les accidents vasculaires cérébraux. Un autre obstacle à cette mesure concerne la crainte de provoquer des taux élevés de potassium dans le sang pouvant entraîner des problèmes cardiaques  (hyperkaliémie) chez les personnes atteintes d'une maladie rénale avancée. En réponse, le professeur Bruce Neal, directeur exécutif du George Institute Australia et professeur d'épidémiologie clinique à l'Imperial College de Londres indique « qu'il est clair que les patients atteints d'une maladie rénale avancée ne devraient pas utiliser de sels enrichis en potassium, mais cela s'applique à une très petite proportion de la population, sachant qu’il est déjà recommandé à ces patients d'éviter la consommation de sel. » Pour aider les lignes directrices officielles à refléter les dernières données probantes dans ce domaine, les experts ont suggéré une formulation spécifique qui pourrait être adoptée dans le monde entier :

  • Forte recommandation pour les patients souffrant d'hypertension : Du sel enrichi en potassium avec une composition d'environ 75 % de chlorure de sodium et 25 % de chlorure de potassium doit être recommandé à tous les patients souffrant d'hypertension, à moins qu'ils ne souffrent d'une maladie rénale avancée, qu'ils utilisent un supplément de potassium, qu'ils utilisent un diurétique épargneur de potassium (une famille de médicaments anti-hypertenseurs) ou présentent tout autre contre-indication médicale.
  • Recommandation conditionnelle pour la population générale : Si vous devez ajouter du sel aux aliments, du sel enrichi en potassium avec une composition d'environ 75 % de chlorure de sodium et 25 % de chlorure de potassium peut être recommandé pour une utilisation par la population générale dans les contextes où il y a une faible probabilité que les personnes atteintes d'une maladie rénale avancée (stade 4-5) ne soient pas diagnostiquées par le système de santé et où les contre-indications à l'utilisation peuvent être imprimées sur l'emballage du produit.

Prudence : les sels à base de chlorure de potassium ne sont pas non plus sans risque pour la santé

Un dernier défi demeure toutefois, celui de l’accessibilité et de la disponibilité de ce produit dans les rayons des supermarchés du monde entier. « Plusieurs détaillants proposent du sel enrichi en potassium, mais il n'existe généralement très peu de marques disponibles, et elles se trouvent souvent sur l'étagère du bas ou dans un rayon alimentaire spécial. En outre, les sels enrichis en potassium coûtent également plus cher que le sel ordinaire, même s'ils restent peu coûteux par rapport à la plupart des autres aliments, et pas aussi chers que de nombreux sels raffinés actuellement disponibles. », précisent les experts dans la revue The Conversation. A noter qu’une étude publiée en juillet 2021 avait révélé que les sels enrichis en potassium n’étaient commercialisés que dans 47 pays, et qu’il s’agissait pour la plupart de pays à revenu élevé, avec des prix allant de ceux du sel ordinaire à près de 15 fois plus élevés. Mais en guise de conclusion, le groupe d’experts se montre résolu et affirme que « le sel enrichi en potassium peut s’avérer très rentable pour la prévention des maladies même s’il est généralement plus cher. »

D’après les données de l’Efsa* et du Centre d'information sur la qualité des aliments (Ciqual), qui fait partie de l'Anses**, le chocolat, la banane, les légumes et les produits laitiers sont les aliments courants les plus riches en potassium. L’Anses a estimé dans un avis de 2016 qu’un apport de 3 500 mg/j avait un effet bénéfique sur la pression artérielle chez les adultes et que des apports inférieurs à 3 500 mg/j étaient associés à un risque plus élevé d’AVC. Dans un article de Nutrivigilance publié en 2020 l’agence rappelle cependant l’importance d’informer le consommateur lors de l’achat de complément alimentaire contenant du potassium ou de substitut de sel que ceux-ci sont contre-indiqués en cas d’insuffisance rénale ou de régime pauvre en potassium. Et recommande donc que les personnes qui doivent diminuer leurs apports sodés ou augmenter leurs apports potassiques soient informées des risques d’hyperkaliémie liée aux interactions médicamenteuses avec les substituts à base de chlorure de potassium. Enfin, l’agence souligne « l’importance d’un suivi médical rigoureux et régulier des personnes à risque afin de réduire significativement leur risque d’hyperkaliémie. »

*L’Autorité européenne de sécurité des aliments est une des principales agences de l’Union européenne

**Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail 

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